Xylophage

Un xylophage est un organisme vivant dont le régime alimentaire se compose de bois. Ces animaux, à l'état adulte ou larvaire, mangent les branches, les troncs ou les racines des arbres morts ou vivants.


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Régime alimentaire - Bois - Insecte xylophage

Définitions :

  • adj. et nm Qui se nourrit de bois ; qui ronge ou creuse le bois. || nm Les xylophages : les insectes dont les larves ou les adultes vivent dans le bois. (source : mairie-emerainville)
  • insecte se nourrissant aux dépens des tissus internes (bois) d'un arbre. (source : pagesperso-orange)
  • se dit des insectes qui se nourrissent du bois (ex. termites). (source : jardin.de.sophie.free)
La taille et la forme des galeries laissées par les larves sont des indices donnant la possibilité de quelquefois d'identifier l'espèce
Aromia moschata, insecte devenu rare en Europe, faute de «gros bois mort» (ici photographié en Lituanie)
Xylotrechus rusticus , Forêt de Białowieża (Pologne)
Oxymirus cursor (Bialowieza, pologne)
Détail des mandibules d'Anoplophora glabripennis
Phytœcia cærulea
Galeries de Cerambyx cerdo sur chêne (près de Francfort, en Allemagne)
Strangalia melanura (pollinisateur, à l'état adulte)
Abeille charpentière (ou Xylope violet)

Un xylophage est un organisme vivant dont le régime alimentaire se compose de bois. Ces animaux, à l'état adulte ou larvaire, mangent les branches, les troncs ou les racines des arbres morts ou vivants. Les saproxylophages ne consomment que le bois en décomposition (arbre mort). Les pyrophiles recherchent le bois brûlé par les incendies de forêts (longicorne noir en Amérique du Nord par exemple).

La plupart des insectes dits xylophages ne peuvent digérer seuls la cellulose et/ou la lignine. Ils coopèrent par conséquent avec des champignons ou des bactéries symbiotes présentes dans leur tube digestif (ex.  : Termitidæ), déjà présents dans le bois en décomposition, ou qu'ils colportent dans le substrat, ces organismes prédigèreant en quelque sorte le bois pour eux.

Ces espèces jouent un rôle important dans la qualité du sol forestier et pour la résilience écologique et la régénération naturelle des forêts.

Types

De particulièrement nombreux organismes xylophages existent, principalement bactériens, microbiens et fongiques, particulièrement mal inventoriés et certainement inconnus pour la majorité des souches bactériennes.

Ce sont le plus souvent des invertébrés, et surtout des arthropodes et en particulier des insectes appartenant à des genres et espèces variées et plus ou moins spécialisés (certains ne consomment que le bois d'une seule essence, et par exemple seulement le tronc, ou que les branches ou que les racines), d'autres ne consomment que le bois brûlé ou le bois détrempé, etc. ).

Quelques insectes xylophages ont un impact important sur les activités humaines, car consommant des planches, poutres ou divers gros objets en bois, le plus connu dans le monde étant le termite, dont il existe de nombreuses espèces, dont quelques unes peuvent attaquer les bois secs ou humides des constructions humaines.

Les espèces les mieux connues sont des champignons, et quelques groupes d'invertébrés, dont trois grandes familles d'insectes comptant de nombreuses espèces xylophages (à l'état de larve et/ou d'adulte)  :

Dans le milieu marin, les principaux invertébrés xylophages appartiennent aux Mollusques bivalves (tarets) ainsi qu'aux Crustacés (g. Limnoria surtout)

Utilité écologique

Tyler Cobb[2], [3], [4], spécialiste des interactions entre incendies de forêt, exploitation de la forêt boréale et insectes forestiers, surtout pyrophiles (attirés par le bois brûlé, et spécialisés dans sa consommation), épigés (du sol forestier), des bois dépérissants (xylophages ou saproxylophages). a travaillé sur une vaste forêt pour partie incendiée en 2001 à 250 km au nord-ouest d'Edmonton (Canada), sur et autour (120 000 ha à peu près) de forêts qui ont au printemps 2001. Il a montré que les excréments de certains coléoptères pyrophytes (dont le longicorne noir, coléoptère de 12-30mm long (25 mm au maximum pour sa larve) jouaient un rôle vital en augmentant la vie bactérienne du sol, ce qui contribue à une régénération forestière naturelle, plus rapide et efficace, tandis que ces insectes ont fréquemment été reconnus comme «nuisibles» ces dernières décennies note T. Cobb.. Il a aussi montré que l'exploitation du bois-morts (pour le chauffage), de bois tombés lors des tempêtes ou de bois brûlés cause la mort des œufs ou larves de ces insectes utiles lors que le bois est scié ou traité en usine (papeterie.. ). T. Cobb estime qu'il faudrait retarder la réexploitation forestière après les incendies, pour autoriser ces coléoptères à finir leur cycle de vie[5]. Ces travaux devraient déboucher sur des orientations et guides modifiant la gestion de ces forêts écologiquement sensibles.

Le stade larvaire

Les larves vivent en symbiose avec des bactéries et champignons qui les aident à dégrader le bois pour le rendre plus digeste. Certaines espèces synthétise des acides puissants.

Importance dans le réseau trophique

Les xylophages contribuent à diversifier les niches écologiques forestières et sont une part particulièrement importante de la diversité biologique forestière ; directement, et via leurs nombreux prédateurs (qui les mangent et/ou les parasitent). Une partie de ces prédateurs sont microscopiques et mal connus (organismes viraux, bactériens et fongiques). D'autres prédateurs, nombreux, existent ; dans le monde des insectes et des invertébrés en premier lieu (dont acariens (araignées), pseudoscorpions), mais également chez les vertébrés, et surtout chez les reptiles (lézards, caméléons... ) et amphibiens, de nombreux mammifères (dont chauve-souris). De nombreux oiseaux (10 espèces européennes de Chouettes au moins) dépendent des trous creusés dans les vieux arbres par les insectes xylophages, ou par les oiseaux de la famille des Pics qui par exemple dépendent en Europe à 97% des larves d'insectes xylophages pour se nourrir en hiver. En Europe, 10 espèces de pics ne nidifient que dans des arbres à cavités ou du bois mort. Ces espèces jouent un rôle majeur dans le contrôle des équilibres écologiques forestiers.

Menaces

En zone tropicale, ces espèces sont en premier lieu menacées par les coupes rases, les incendies de forêts, et la déforestation.

En Europe et dans l'hémisphère Nord, les communautés saproxylophages (invertébrés, champignons... ) comptent parmi les espèces les plus menacées, à cause de la raréfaction et du bois mort, suite à la généralisation de l'exploitation de plus en plus intensive des forêts, facilitée par leur fragmentation par un réseau de plus en plus dense et minéral de routes et pistes forestières. Elles régressent tant en termes de biomasse (nombre d'individus) que de diversité en espèces. Il est probable que leur diversité génétique ait aussi énormément chuté, mais aucune étude n'a porté sur ces aspects, pour lesquels on ne dispose d'autre part pas de données anciennes).

Pour ces raisons, le bois mort et sénescent a fréquemment fortement régressé dans les forêts cultivées, et même dans de nombreuses réserves naturelles. Les forêts européennes ont en moyenne moins de 5% du bois mort qui serait présent s'il s'agissait de forêts naturelles. C'est à dire 95 % de la nourriture des espèces saproxylophage y a disparu, tout spécifiquement les «très gros bois» morts qui abritaient des espèces spécifiques.

Dans une forêt primaire tempérée moyenne, à peu près 1/3 du bois présent est mort et en cours de décomposition. Dans la majorité des forêts exploitées, outre localement après le passage des tempêtes, il ne reste plus assez de gros, particulièrement gros et vieux bois mort (qui ne gèle pas à cœur), dur, tendre et moyen, debout ou couché, sec à immergé... et il est rare de trouver plus de 1 à 3 arbres morts par ha de diamètre supérieur à 40 cm. Divers rapports scientifiques, et de grandes ONG (dont WWF) ont alerté sur le fait que le nettoiement du bois mort en forêt menaçait la survie «de près de 30% des espèces vivant dans des forêts naturelles et est une raison directe de la longue liste rouge des espèces menacées en Europe». Ces espèces particulièrement discrètes et la majorité du temps cachées à l'intérieur du bois en décomposition, ne volant qu'une brève partie de leur vie et fréquemment de nuit à l'aube ou au crépuscule ont été particulièrement mal étudiées : «Nous ne nous préoccupons pas de ce qu'on ne voit pas – ceci est spécifiquement vrai pour ces formes de vies dépendant du bois mort», a déclaré Daniel Vallauri, spécialiste forestier du WWF-France. «Peu de forestiers sont conscients que les insectes, champignons ou lichens forment près de 75% de la biodiversité d'une forêt naturelle»[6]

Pour obtenir un écolabel forestier tel que le FSC, le syliviculteur doit prouver qu'il conserve une quantité significative et suffisante de bois mort, pour préserver les communautés saproxylophages et leurs fonctions écologiques.

Importance de la répartition spatiale de morceaux de bois morts

Outre sa forte raréfaction, la discontinuité de la ressource en bois mort semble être une des premières causes de régression des invertébrés saproxylophages.

A titre d'exemple : Karin Schiegg [7] a - durant deux ans - échantillonné les diptères et coléoptères de plus de 2000 pièces de bois mort, dans 14 parcelles d'une réserve forestière suisse. Le taux de bois mort de ces parcelles variait de 48, 6 m3 par parcelle à 157, 9 m3 par parcelle. Le taux moyen rapporté à l'hectare pour la totalité des parcelles étant de 6, 3 m3/ha, soit plus élevé que dans les forêts exploitées). Cette étude a montré que la diversité en diptères saproxylophages) était en premier lieu corrélée à la connectivité spatiale des pièces de bois mort (gros bois ou débris ligneux grossiers) plus qu'au volume de bois mort disponible. Pour les coléoptères saproxylophages, c'était même l'unique critère. La diversité des espèces n'étant pas corrélée au volume de bois mort mais seulement à sa connectivité. Cette étude a en particulier porté sur les troncs de hêtre et résineux morts, les résultats auraient pu être un peu différents en incluant plus d'essences, sur un territoires plus large, comme ils l'auraient été en forêt de plaine et d'avantage en zone tropicale ou sub-tropicale.
Il est probable que les champignons du bois mort et d'autres espèces saproxylophages (dont communautés bactériennes) soient aussi en jeu dans la capacité d'une pièce de bois mort à "attirer" et accueillir les invertébrés saproxylophages.

Cette étude a mis en évidence seuil de 150 m au delà duquel le nombre d'espèces colonisatrices du bois mort chute (dans cette réserve naturelle, la distance moyenne entre deux bois mort était de 14 m). Les parcelles où les morceaux de bois mort était dispersés, mais bien "connectés" entre eux (c'est-à-dire en contact physique ou proches les uns des autres) étaient plus riches en saproxylophages que celles dont le bois était regroupé, avec des populations différentes selon ces deux cas.

L'auteur note aussi que les taux de bois mort les plus élevés sont trouvés à proximité des petits cours d'eau, ce qui renforce leur caractère de corridor biologique intraforestier.

Classifications des gros bois, bois morts ou sénescents

En France, l'IFN classe en «gros bois» les arbres dont le diamètre à 1, 30m de hauteur dépasse 47, 5cm[8]. Mais certains CRPF classent les arbres de 40 à 60 cm comme «gros bois», et au-delà comme «très gros bois». L'IFN note que les arbres de ces diamètres (qui seraient reconnus comme particulièrement moyen dans une forêt primaire tempérée normale) sont plus nombreux à être «capitalisés» dans les forêts publiques, en Corse (50 % des boisements) et dans les régions où les fonctions aménitaires de la forêt sont importantes (Bretagne, Aquitaine, Champagne-Ardenne, Picardie) [9]. Ces arbres sont cependant fréquemment coupés avant d'atteindre le stade «très gros bois» ou bois mort, ce qui limite leur intérêt pour les organismes saproxyliques.

Protection

Eu Europe, quelques espèces sont protégées, mais aussi leur habitat lorsqu'elle s y sont présentes. C'est le cas par exemple du scarabée Pique-Prune.

En France, il a été proposé de conserver volontairement du bois mort (consigne au sein de l'ONF en France), y compris en ville et dans les jardins pour tenter de freiner l'érosion de la biodiversité chez ces espèces, avec par exemples les Chronoxyles qui visent à y associer une action pédagogique.

En Belgique, le programme Xylobios vise une meilleure protection des communautés saproxylophages et de leur habitat.

En Pologne ; des corridors biologiques sont maintenus particulièrement pour des espèces d'invertébrés saproxylophages jugées bioindicatrices, dans le réseau écologique national.

Restauration

Diverses ONG, dont WWF et Greenpeace, nomment les collectivités, gouvernements, propriétaires, depuis les années 1990 au moins, à restaurer et protéger une ressource minimale vitale en bois mort, ainsi qu'un réseau de forêts naturelles riche en particulièrement vieux arbres qu'on laissera vivre, mourir et se décomposer normalement, surtout pour leur utilité pour la biodiversité et les équilibres forestiers. Le WWF indique un objectif de 20-30 m3/ha pour les forêts gérées d'ici 2030 et demande la suppression «de ce qu'on nomme les ‘mauvaises subventions' (ex : 1700 euros l'hectare en France, après les tempêtes de 1999[10]», qui poussent au nettoiement des forêts ainsi qu'à la disparition du bois mort, par exemple après les tempêtes[11].

Notes et références

  1. page du service australien des inspections et quarantaines sur Camponotus pennsylvanicus
  2. Conservateur (département Zoologie des invertébrés) au Royal Alberta Museum, docteur en écologie forestière (Université d'Alberta), enseignant et chercheur
  3. page de l'Université d'Alberta présentant R Cobb
  4. Préentation du chercheur)
  5. Communiqué scientifique sur les travaux de T. Cobb, 2007 (Communiqué (2007)
  6. Daniel Vallauri, Communiqué de presse du WWF/Colloque Bois mort ainsi qu'à cavités, Une clé pour les forêts vivantes (Ed. Tech et doc, Lavoisier)
  7. (en) Effects of dead wood volume and connectivity on saproxylic insect species diversity, Karin SCHIEGG, Chair of Nature and Landscape Protection, Swiss Federal Institute of Technology, c/o Swiss Federal Institute for Forest , Snow and Landscape Research (WSL), CH- 8903 Birmendsorf, Switzerland. (Voir)
  8. Étude IFN 2006, IFN, p. 3
  9. Bulletin IFN consacré aux «gros bois»
  10. brève de Science et Vie, intitulée Rééhabilitons les bois morts (2004)
  11. Communiqué de presse du WWF du 25 octobre 2004 intitulé Du bois mort pour des forêts vivantes

Voir aussi

Bibliographie

Lien externe

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 14/12/2010.
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