Charlotte Perriand

Charlotte Perriand est une architecte et designer française née le 24 octobre 1903 et morte le 27 octobre 1999.


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Charlotte Perriand est une architecte et designer française née le 24 octobre 1903 et morte le 27 octobre 1999.

Biographie

Charlotte Perriand est diplômée de l'école de l'union centrale des arts décoratifs. Elle se fait connaître à l'âge de 24 ans avec son Bar sous le toit en acier chromé et aluminium anodisé qui est présenté au Salon d'automne de 1927 et acclamé par la critique. Peu après elle débute une collaboration qui dure près de dix ans avec Pierre Jeanneret et le cousin de ce dernier Le Corbusier qui l'intègre dans l'équipe de son agence en 1927 en lui confiant la responsabilité de «l'équipement de l'habitation». Elle présente avec eux en 1929 au Salon d'automne : L'Équipement de l'habitation : des casiers, des sièges, des tables. Ce mobilier est édité par puis plus récemment par Cassina. À côté de René Herbst et Pierre Chareau, elle est un des membre fondateurs de l'UAM (Union des artistes modernes) en 1929, présidée par Robert Mallet-Stevens.

Elle entretient aussi des liens étroits avec les ateliers de Jean Prouvé à Nancy mais également avec les architectes Paul Nelson ou l'atelier Lagneau-Weill-Dimitrijevic (LWD) .

À partir des années 1940, son style est fortement influencé par un long séjour en extrême-orient, et surtout au Japon de 1940 à 1942 (voir le mouvement Mingei).

Les Concepts et Engagements, L'Atelier du Corbusier

l'UAM, le CIAM

Quand en 1927 Charlotte Perriand rejoint l'agence de Pierre Jeanneret et de Le Corbusier, elle décide de rompre avec l'académisme architectural, et d'adopter des théories prenant en compte les matériaux, la fonctionnalité, les loisirs et le bien-être. Elle se tourne ainsi vers le logement social qui, durant l'entre-deux-guerres fut une des questions principales et des plus complexes à résoudre au vu de l'urgence d'une telle obligation. Les architectes se voulant alors modernes et impliqués dans le mouvement politique et social, se devaient de s'y atteler[1].

En 1929, dans une même logique elle démissionne du salon des artistes décorateurs et fonde avec d'autres membres l'Union des artistes modernes (l'UAM), avec surtout Robert Mallet-Stevens. Ce mouvement a pour volonté d'exploiter les nouveaux matériaux et les nouvelles techniques pour les adapter à une vision moderne et revalorisée des arts décoratifs. En 1930 lors du IIIe congrès du CIAM à Bruxelles (Belgique), Le Corbusier, dans ce qu'on appela la Chartes d'Athènes, précisa ainsi les volontés d'une trentaine d'architectes européens, tous membres du CIAM (Congrès internationaux d'architecture moderne)  : «la obligation d'une conception nouvelle de l'architecture, qui satisfasse aux exigences matérielles, sentimentales et spirituelles de la vie présente».

En novembre 1931, Le Corbusier signe un article d'une trentaines de pages contenant études et dessins, paru dans le neuvième numéro de la revue Plans, dans lequel il présente ses études sur l'habitation minimum dont la cellule de 14 m² par habitant. Plus tard celles-ci seront regroupées sous le terme de ville radieuse. Charlotte Perriand collabora activement à cette étude importante, les 184 documents originaux qui la forment furent en effet retrouvés dans ses archives, et non dans celles de l'agence Le Corbusier-Jeanneret, dans la mesure où ce fut elle qui en réalisa l'essentiel de l'étude et des dessins. Ce ne sera qu'en 1935, lors de la parution de cette étude sous forme de livre que le nom de Perriand apparaîtra comme collaboratrice.

Le Corbusier était préoccupé par le logement social depuis ses études à La-Chaux-de-Fonds, ville manufacturière. Quand il visite la Chartreuse de Florence à l'occasion de son premier voyage d'étudiant en architecture (il venait de terminer l'école d'arts décoratifs), qu'il s'intéresse aux cellules qu'il sert à désigner alors comme étant «[... ] la solution de la maison ouvrière type unique ou plutôt du terrestre». Il y voit un aménagement modulaire où les portes de placards deviennent des tables et où les rangements se trouvent encastrés dans les murs, quoiqu'il ne se contente tandis que de relever les motifs décoratifs, il parlera tout au long de sa carrière des cellules monacales. Il y retournera d'autre part une deuxième fois en 1911. [1]

En 1934, lors d'un concours organisé par Paul Breton et la revue Architecte d'aujourd'hui, dont le thème fut «La maison individuelle, pour une famille composée des parents et de trois enfants», les membres de l'UAM dévoilent le principe de modularité. En 1935 ils sont de nouveau sollicités pour réfléchir sur "une maison de week-end"; celle-ci doit pouvoir accueillir les parents, trois enfants et deux invités, le tout en respectant une structure légère et démontable. Les projets les plus recherchés seront exposés à la "2e Exposition de l'habitation" de la même année. Charlotte Perriand propose une maison à l'extrême modularité architecturale intérieure et extérieure; elle recourt à son concept de zonage qu'elle avait déjà utilisé avec Le Corbusier lors du Congrès de Bruxelles. Ce dernier consiste en l'emploi de cloisons coulissantes pour découper le logement selon les besoins et mouvements de ses occupants. «La maison de week-end» de Perriand est une sorte de «tente» faite de bois et de métal juchée à 50 cm sur une plate-forme; plusieurs cellules de 9 m² juxtaposables la composent, le nombre de celles-ci pouvant fluctuer selon les besoins et le budget alloué à sa construction. Elle recevra la seconde mention à ce concours.

Perriand développera deux autres projets de la même essence, mais cette fois-ci en induisant le concept de «préfabrication»; le «Refuge Bivouac» (1936-1937, ingénieur André Tournon), installé au col de Mont Joly, à Megève en haute-Savoie, pouvant accueillir six personnes : il est constitué d'éléments préfabriqués s'articulant autour d'un ossature faite de tubes d'aluminium légers et robustes. De plus l'aluminium est un excellent isolant thermique et n'est que particulièrement peu cher. Assemblable en uniquement 4 jours, sa superficie intérieure de 8 m² a été pensée de manière à ce que l'ensemble des équipements soient compacts, transportables et modulables, toujours dans un même souci de fonctionnalité, d'efficacité et d'économie. Le mobilier, fait nouveau pour l'époque, est conçu avant l'architecture pour que ce dernier soit pleinement intégré à la totalité de la structure. Ces innovations furent développées avec Jeanneret et Le Corbusier, surtout lors de l'étude de la cellule de 14 m²2[2].

Les engagements politiques

Suite à la crise de 1929, dont les effets n'atteignirent la France que vers 1930-1931, surtout dans l'agriculture, la métallurgie et le textile (500 000 chômeurs, en majorité dans la classe moyenne, rurale comme urbaine), nombre d'intellectuels et d'artistes s'attribuent le rôle de «directeur de conscience». L'Association des Écrivains et des Artistes Révolutionnaires (ÆAR) est créée en 1932 par Paul Vaillant-Couturier, Léon Moussinac, Charles Vildrac et Francis Jourdain. La majorité de ses membres sont des proches du parti communiste et des représentants de «la littérature et de l'art non-conformiste» comme Signac, Gide, Eluard, Giono, Malraux et Charlotte Perriand.

Influencée par ses convictions politiques, Charlotte Perriand réalise pour l'Exposition Internationale de 1935, en collaboration avec René Herbst, Louis Sognot, Le Corbusier et Pierre Jeanneret, «La Maison du Jeune Homme». L'espace est scindé en deux «zones», l'une pour l'esprit, l'autre pour le corps. À l'agence de Le Corbusier de concevoir la partie intellectuelle, à René Herbst la salle de gymnastique. Y sont disposés divers instruments sportifs, rameur, anneaux, punching-ball, mais aussi les chaises en sandows, créations de Herbst. Une fresque de Fernand Léger y sera réalisée, le tout scindé de la salle d'étude par un mur-filet retenant des ballons de basket-ball. La salle d'étude, imputée à Le Corbusier, Jeanneret et Perriand, est pourvue d'un mobilier fait de matériaux naturels; un fauteuil en bois paillé, réalisation de cette dernière, y prend place. Outre le mobilier, figure dans cette pièce, sur l'une des portes d'un meuble à casiers de rangement, «Manifeste à la Gloire de Paris», le «Plan Voisin» de Le Corbusier, projet d'urbanisme de 1925 prévoyant de raser le centre de Paris et de construire une cité d'affaires et une cité de résidence. Entre les deux, la gare centrale mais aussi deux grands axes autoroutiers traversant la ville du nord au sud et d'est en ouest . Sur un des murs en ardoise de cette salle, Charlotte Perriand trace à la craie le plan du logement et écrit le nom de ses créateurs sans omettre de signifier leur affiliation au CIAM ou à l'UAM, pour les promouvoir mais également de marquer leur engagement, leur volonté de concevoir dans "la modernité un nouvel art de vivre"[3].

Toujours dans un souci de s'engager plus, Charlotte Perriand participera au Salon des Arts ménagers de 1936, dédié cette année-là plus à l'équipement qu'à la décoration. Les participants sont tenus d'aménager un espace réduit de 3 mètres sur 4 mètres, ce qui correspond alors à une pièce d'habitation bon marché (ancienne HLM). Elle propose la «salle de séjour à budget populaire», où se développe un mobilier accessible aux classes moyennes atteintes par la crise. L'espace, ouvert sur une terrasse, accueille sa création, une grande table en chêne massif pour prendre les repas, mais aussi des fauteuils pliables et empilables grâce à une conception en tube (éditées par Thonet). André Hermant installe un meuble de rangement pratique, Jourdain et André Louis une petite table de fumeur. Dans une autre pièce, elle réalise un photomontage, «La Grande Misère de Paris». La ville s'étendant à cette époque de façon anarchique, au-delà des fortifications historiques, elle y présente ainsi la situation de ses habitants. Longue de 16 mètres, composée de photographies des beaux quartiers, d'immeubles des banlieues et de scènes de vie quotidienne, elle y inscrit : «surpeuplement, misère du logement, maladies», «l'argent existe», «du travail pour tous». C'est ici un acte politique, qu'il lui vaudra d'être reconnue comme étant communiste.

En 1936, les partis de gauche forment une coalition, Front populaire, et remportent les élections pour la première fois. Le gouvernement sera composé de socialistes, soutenus par des communistes et aura pour Président du Conseil Léon Blum. S'ensuivent deux grèves ouvrières massives, paralysant le pays. En juin, Blum demande aux représentants du patronat ainsi qu'aux syndicats ouvriers de se rencontrer pour signer les accords de Matignon. Seront alors décidés l'augmentation des salaires, les congés payés, la limitation du temps de travail et la reconnaissance du droit syndical. Les ouvriers profiteront pour la première fois de leur congés payés en été 1936. Sera désormais privilégiée l'organisation des loisirs, surtout en architecture. A l'occasion de l'Exposition de l'Habitation, la revue Architecture d'aujourd'hui organise un concours dont le thème est celui du loisir et auquel participe Charlotte Perriand.

En août 1936 Georges Monnet, alors ministre de l'Agriculture, commande à Charlotte Perriand la transformation de la salle d'attente du ministère. Elle utilise alors le même processus que dans La Grande Misère de Paris, "mode d'expression réaliste, accessible, compréhensible et efficace"[3]. Elle réalise un photomontage nommé «l'Office du blé» développé autour du monde agricole, de façon thématique ; elle dédie l'une des trois cloisons aux dures conditions de travail des paysans ; à celle qui lui fait face revient le thème du progrès technique. Enfin, au troisième mur qui les relie, elle place divers diagrammes de production agricole et des cartes de France. Elle aborde ainsi de façon plus "pédagogique" cette œuvre pour démontrer au public tout l'intérêt de la politique agricole que prône le gouvernement en place, mais également pour la légitimer.

Poursuivant sa collaboration avec le ministère de l'Agriculture, elle participe à l'Exposition Internationale de 1937 (Paris), qui s'ouvre cette année aux «arts et techniques de la vie moderne». C'est avec Fernand Léger qu'elle réalise le «Pavillon de l'Agriculture», Porte Maillot; elle se sert ici encore d'un photomontage, positionné sur des panneaux de bois constituant le dit pavillon, pour illustrer la politique agricole du Front populaire. Les slogans expriment les objectifs du gouvernement et les attentes de la population.

En même temps, elle se trouve être maître d'œuvre du «Pavillon des temps Nouveaux». Imaginé par Le Corbusier comme un "musée d'éducation populaire" où, sous une immense tente mobile de 31 m sur 35, sont dévoilés les bienfaits et les possibilités de l'urbanisme moderne. De nombreux artistes membres des CIAM illustreront les quinze thématiques qui composent l'espace. C'est pour eux l'occasion, entre autres, d'affirmer leur rôle de directeur de conscience, mais également de valoriser leurs travaux. Par la suite, Charlotte Perriand se voit contrainte de laisser la maîtrise d'ouvrage à André Masson, étant données les difficultés qu'impose une telle réalisation : problèmes économiques, idéologiques et humains. Elle rompt aussi sa collaboration avec l'Atelier de Le Corbusier.

Japon

Charlotte Perriand est restée au Japon entre l'automne 1940 et l'hiver 1942. Elle y occupe le poste de conseiller à l'art industriel auprès du ministère du Commerce et de l'Industrie. L'invitation lui est parvenue par Sakakura Junzō[4] avec qui elle avait travaillé dans l'atelier de Le Corbusier entre 1931 et 1936. Charlotte Perriand a donné au Japon une série de conférences sur les arts décoratifs et a visité des ateliers de création et des écoles. Elle a organisé aussi une exposition «Sélection-Tradition-Création» qui a eu lieu du mois de mars à mai 1941 au magasin Takashimaya de Tokyo et d'Osaka. Son influence sur le design japonais est visible après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1950, dans la production de Sōri Yanagi, Daisaku Choh ou Kazuo Shinohara.

Les années 1950-1990

Charlotte Perriand participe entre 1967 et 1986 à la conception de la station d'altitude des Arcs en Savoie, à la fois dans son architecture et dans les aménagements d'intérieurs.

En 1993 elle crée L'espace Thé de l'UNESCO, inspiré par les pavillons de thé japonais.

Cassina réédite du mobilier de Charlotte Perriand depuis 2004.

Notes et références

  1. Charlotte Perriand, ouvrage publié à l'occasion de l'exposition "Charlotte Perriand" au centre Pompidou, Galerie 2, du 7 décembre 2005 au 27 mars 2006
  2. http ://www. centrepompidou. fr/education/ressources/ENS-perriand/ENS-perriand. htm/ exposition CHARLOTTE PERRIAND, au centre pompidou du 7 décembre 2005 au 27 mars 2006
  3. http ://www. centrepompidou. fr/education/ressources/ENS-perriand/ENS-perriand. htm/ exposition CHARLOTTE PERRIAND, au centre Pompidou du 7 décembre 2005 au 27 mars 2006
  4. Ch. Perriand, Une vie de création. Paris : Éditions Odile Jacob, 1998, p. 129.

Principales réalisations

Ses écrits

Liens externes

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